mardi 5 avril 2016

Mission Jeunesse Mexico à Oaxaca




Ma première Pâques à Mexico, je l’ai célébrée à San Juan Coatzospam (Oaxaca), un secteur de la paroisse Santa Maria del Asunción, située à sept-cents quatre-vingt-douze kilomètres à l'Est de la ville de Mexico, chez les peuples Mazatèque et Mixtèque. Cette région s’étend dans le sud-ouest du Mexique, sur les états actuels de Oaxaca, l’Est de Guerrero et le sud de Puebla. En effet, les frères (Assomptionnistes) German Gonzales, Irvin Santiago, Louis Kivuya, Marciano Lopez Solis et moi-même faisions partie d’un groupe de cent-deux jeunes au total, appartenant à différents groupes de l'apostolat juvénile de l'Archidiocèse de Mexico, d’Irapuato (Guanajuato), de Puebla, de San Luis Potosi. Il y avait même une jeune missionnaire venue de la Colombie.


L’organisation de cette mission ainsi que de plusieurs autres activités du genre est un signe éloquent qui démontre bien que l’Église mexicaine s'engage, de plus en plus, à la formation d'une nouvelle génération des jeunes, dont la vision de la vie est fondée sur l’engagement et le service des autres, toujours aussi capables de témoigner dans leur milieu de vie, d'une nouvelle manière de percevoir le monde, de servir et de vivre la fraternité. 

A la paroisse assomptionniste Empratriz de América de Mexico, la pastorale juvénile profite bien de l’initiative de "Mission Amor y Servicio (MAS), mis en œuvre il y a à peine deux ans par Alexis Vadillo, Hilda Santiago et Rodrigo Perez, jeunes catholiques engagés aussi bien à la paroisse que dans leur milieu de vie ambiant. L'objectif poursuivi par cette initiative est d’appeler les jeunes à s’impliquer effectivement dans l’œuvre de l'évangélisation, spécialement dans les périphéries et les régions pauvres, durant la semaine sainte. Les jeunes y répondent toujours avec beaucoup de générosité et d’entrain, toujours disponibles à rendre service.


La pastorale qui s’effectue c’est, en fait, une pastorale de terrain, qui permet aux jeunes missionnaires de palper du doigt les réalités particulières de chaque secteur et d’apporter, dans la mesure du possible, leur humble contribution. De façon général, cette pastorale comprend l’écoute des personnes, les visites des familles, l’administration des sacrements, l’organisation des journées de réflexion, de jeux avec les enfants et les jeunes du milieu, ainsi que diverses autres activités  du même genre, visant la promotion de la foi chrétienne.
   

Au total 11 groupes se sont formés, compte tenu de la multiplicité de chapelles que comporte la paroisse (une trentaine) et comptant chacun de 7 à 12 missionnaires. Et chacun de nous était membre d’un groupe donné, destiné à un secteur précis de ladite paroisse. Notre groupe comptait 11 missionnaires: Abigail Moras, Annie Mendoza, Francisco Posada, Gabriela Burela, Isaac González, Jimena Patlán, Ricardo Lobo, Rodrijo Mijares, Sheila Méndez, Stephany Marchand et moi. Départ de Mexico s’effectue à 8h20. 

Le voyage, effervescent et bruyant de cette chaleur juvénile s'effectue dans une ambiance tellement vivante qu'on se sentait bien exister au milieu d'une jeunesse fervente et ambitieuse. A 12h40, nous  débarquons à Puebla et faisons un arrêt d'une vingtaine de minutes. Après l'achat de quelques provisions, nous reprenons notre périple jusqu'à Huautla de Jiménez, une petite ville municipale de l'État mexicain d'Oaxaca, chef-lieu de la Prélature apostolique et dernière station avant d'entrer dans une zone sans signal téléphonique. Cette escale permet à chacun d'avoir une dernière conversation téléphonique avec ses parents, amis et connaissances. 


Nous allions arriver lorsque, abordant le sommet de la montagne, une épaisse couche de brouillard nous a envahis, obligeant le vaillant chauffeur à ralentir. C’est en fait un aspect important du climat de cette région Mazatèque-Mixtèque, toujours couverte de brouillards et où les pluies sont continuelles, ce qui confirme son appellation de "peuple du pays de la pluie". C’est une région essentiellement montagneuse et d’un aspect assez pittoresque.


Vers 19h30, en débarquant au lieu d’accueil, à San Juan Coatzospam, nous avons expérimenté un sentiment d’hospitalité, de chaleur humaine et de joie profonde. Les organisateurs de la mission ont réussi à créer une atmosphère particulière en ce lieu et nous nous sommes soudain retrouvés comme à la maison. Les curé de la paroisse, l’abbé Victor Villalobos, avec sa kyrielle de catéchistes étaient là pour nous accueillir. Puis, nous avons commencé à démêler les bagages, opération qui nous a pris presque quarante minutes. L’attribution d'une couleur à chaque groupe rend la tâche un peu plus facile.  

A la fin du démêlage, chaque groupe était escorté par des catéchistes jusqu’au lieu d’habitation. Notre groupe, qui portait comme couleur distinctif la couleur violette, accompagné de la catéchiste Claudia, a pris le chemin de San Juan de Coatzospam, un de trente secteurs de la paroisse Santa Maria del Asuncion, où nous devrions habiter toute la durée de notre séjour. On nous a servi du café, des « tortillas gorditas » et des  frijoles (haricots). Après le repas et la causerie, nous avons gagné notre dortoir qui comprenait trois pièces. 

L'installation finie, le groupe de 11 missionnaires s'est réuni pour prendre connaissance des directives et du programme des activités journalières. Tout s’est clôturé avec la prière du soir. Celle-ci, dirigée par Annie Mendoza, Jimena Patlan et Isaac Gonsalez, comprenait un moment de réflexion sur un texte du pape François axé sur le vécu de la miséricorde à travers des attitudes humaines comme la proximité avec les pauvres, la lutte contre la violence et les injustices sociales.


Dimanche de rameaux: Notre première matinée à San Juan est brumeuse et il menace déjà de pleuvoir. Malgré les caprices du climat, il fallait se mettre au travail. En ce premier jour, toute l'équipe se consacre à la visite dans des familles du village. Nous en avons visité à peu près trois. Notre coup de cœur de ce jour c’est monsieur Nicolas Robles, un jeune commerçant du village que nous avons rencontré dans la rue et qui nous a conduit jusque dans son dépôt de vente de maïs. Après une longue causerie avec lui, nous avons procédé à la bénédiction de son dépôt. Alors qu’on s’apprêtait à repartir, il nous a offert un thé de citronnelle bien chaud, que nous avons pris avec beaucoup de plaisir. 

En sortant de chez lui, nous avons gagné l'église San Juan Coatzospam, avant de rejoindre la procession des rameaux. C’est une église très ancienne qui date des années 1750, dédiée à Saint Jean Apôtre, très vénéré chez le peuple Mixtèque à cause de ses multiples miracles et dont la gigantesque statue surplombe la partie supérieure de l'Église. 

      Puis, avec simplicité et ferveur, les gens du village ont porté des rameaux pour acclamer Jésus, célébrer l’annonce de sa victoire prochaine. C’était beau et touchant, plein de joie et d’espérance. Plusieurs personnes du village y ont participé. Comme le veut la tradition, on a transporté sur les épaules de quatre jeunes gens vigoureux, un géant âne d'argile montée par un Jésus souriant, le tout plaqué sur un parterre en bois très solide. Mais peu après ce moment d’euphorie et de liesse, ce fut le choc brutal de la souffrance de Jésus qui nous ont été rappelés.
 
Son parcours ultime, ponctué d’étapes bien colorées, nous révèle un Jésus plus beau et plus humain que jamais, mais il nous fait voir du même coup notre comportement versatile et nos manières, dans ce qu’elles ont de plus choquant, injuste, vilain. A travers son parcours courageux, Jésus nous donne un écho fidèle des malheurs dont nous faisons si souvent l’expérience : le mépris, la trahison, l’abandon, la violence, la jalousie, le rejet ainsi que d’autres sévices du genre que nous nous infligeons les uns aux autres… parfois jusqu’à en mourir.


En relisant le récit de sa passion, nous retrouvons ses traces et ses empreintes dans notre propre chair, dans la souffrance des hommes de tous les temps. En méditant sur les épreuves du Christ et sur la façon dont il les vit, nous comprenons la profondeur de son amour et de sa sollicitude pour l’humain. En souffrant sa passion, le Christ se révèle tellement l’un de nous que nous nous sentons proches de Lui. Mais tellement différent aussi, quand on considère tout l’amour qui l’anime, l’absence de révolte et du sentiment de vengeance, la retenue et la profonde liberté qui le caractérisent pendant ce moment de dure épreuve.  


Ainsi, si nos peines et nos douleurs nous font communier à son sort, il faut reconnaître que, pécheurs, il nous reste beaucoup à faire pour imiter son courage, sa force d’âme, sa grande paix intérieure, son amour inconditionnel. 

     Ce fut l’essentiel de mon homélie de ce dimanche des rameaux, donnée en espagnol évidemment, mais qu’il fallait traduire en mixtèque, pour donner à tous la possibilité d’entendre et de comprendre. Et ce fut la catéchiste Claudia qui le faisait avec beaucoup de dextérité verbale, doublée d'une fidélité incroyable au message transmis.  


Après la célébration du dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur, nous avons pris un petit moment d’échange avec quelques gens ayant participé à ladite célébration. Puis, les jeunes missionnaires ont commencé la récitation du chapelet avec les gens du village, pendant que j’écoutais les confessions. 

En fin de soirée, après le souper, nous avons pris part à un moment d’examen de conscience, suivi de l’évaluation de la journée. La méditation qui a suivi était axée sur le texte de saint Matthieu sur la tentation de Jésus au désert. Après avoir statué sur le programme du jour suivant, nous sommes retirés pour la nuit.


Lundi saint: c’est encore une journée maussade et pluvieuse. Trop de boue sur les sentiers, ce qui rend difficile la visite des malades. Mais l'équipe de missionnaires doit braver la pluie et se mettre au travail. C'est ainsi que deux par deux, nous nous sommes dispersés à travers le village pour visiter les familles, les malades, leur apportant la Parole de Dieu, le sacrement des malades, le corps du Christ, notre simple présence… 

Ces visites sont d'autant plus intéressantes qu'elles nous permettent de toucher du doigt la réalité ecclésiale de ce coin perdu de Oaxaca. Et c'est vrai qu'on en revenait toujours revigoré par la foi et la joie qui animent ces gens, au-delà de leurs difficultés. 


           Dans la soirée nous nous sommes retrouvés avec un groupe d'enfants dans la salle polyvalente, voisine de l’église San Juan, pour divers jeux. Ont suivi la prière du chapelet et la célébration eucharistique. Au sortir de la messe, nous avons été invités à souper chez un jeune couple du secteur, monsieur Constantino Morales et sa femme Merlin. Encore de tortillas et de la mole! De retour au logis, nous organisons une petite rencontre d'évaluation de la journée, avec partage sur les activités réalisées.        


Mardi saint : nous nous réveillons sous un soleil matinal splendide qui nous met un peu de baume au cœur, après trois jours de pluie et de grand froid, où la boue était toujours au rendez-vous. Cette journée, avec son ardent soleil matinal, semble prometteuse. 

     Comme nous vivions dans une zone dépourvue du réseau cellulaire, je me suis dans un petit cybercafé du coin pour consulter mes courriels. C’est là que j’ai appris, avec stupéfaction, la tragique nouvelle de l’assassinat du père Vincent Machozi, confrère prêtre assomptionniste très engagé pour la défense des droits de l’homme et la recherche des solutions pour une paix durable au Congo, plus spécialement dans la région du Kivu. 


De là, deux à deux, nous avons gagné le village, pour différents apostolats. Stéphany Marchand et moi, sommes allés visiter les malades de l’extrême ouest du village, accompagnés de deux catéchistes: Antonio Morales Pacheco et José Castro Valdivia. En retournant au dortoir, nous avons fait un crochet dans une famille dont le père et la mère, tous enseignants d’école secondaire, ont échappé à la mort dans un accident de circulation. La conversation fut intéressante. 

Et comme l’heure de la célébration eucharistique approchait, nous avons pris le chemin de l’église. Et durant l’eucharistie, j’ai prié pour le repos de l’âme du père Vincent Machozi et la paix au Congo-Kinshasa. En sortant de la célébration, nous avons été invités à souper et on nous a servi le tesmole de huevos (une sorte de bouillie aux œufs), avec bien sûr, des tortillas, aliment de base très prisé dans la région, mais aussi dans tout le Mexique. De retour au dortoir, nous avons fait notre évaluation de la journée, suivie de la prière avant le coucher.


Mercredi saint : la matinée, avec Jime, nous nous rendons à la Soledad, une chapelle dédiée à Notre Dame de la Solitude et voisine de San Juan, accompagnés du catéchiste José Hernandez, pour visiter un malade qui voulait voir un prêtre. C’est un monsieur qui, en revenant de son champ, a glissé sur tas de pierres entassées au bord de la route principale qui traverse la cité. Il s’est brisé le bras gauche et avait eu un grand choc au niveau du dos. Après des soins à l’hôpital, il voulait voir le prêtre pour le sacrement des malades. Nous avons prié pour lui et par après il a reçu l’onction des malades. Avant dire au revoir à la famille, son fils nous a offert quelque rafraîchissement en signe de gratitude.


De là, nous avons rejoint les 7 jeunes missionnaires à la chapelle de la Soledad. Et là, pendant que Jime et José s'entretenaient avec les jeunes, j'entendais les confessions. De l’autre côté de la chapelle, Papino se récréait allègrement avec les enfants du quartier, venus participer aux activités proposé par l'équipe de jeunes missionnaires commis à ce lieu. De retour, nous sommes allés prendre du "atole de miel de maguey" (bouillie de maïs au miel sauvage) très délicieux chez le majordome où se rassemblait un bon nombre de notoriétés du village.


A 15h00 nous avons célébré la messe en mémoire de María Dolorosa. Comme le veut la tradition, il y eu, à l'entrée de l'Église une impressionnante bénédiction des bougies et c'est un moment important pour les gens. Au sortir de la messe, Abigail et moi sommes allés à la chapelle voisine de San Martin où, avec le curé, une grande assemblée nous attendait pour le sacrement de réconciliation. Avant de retourner à San Juan où nous allions participer à une eucharistie en l'honneur de la vierge Marie de Nazareth, nous avons eu un petit échange avec les jeunes missionnaire de San Martin


Jeudi saint : par un beau temps matinal, nous visitons les malades et participons à la bénédiction des bougies selon la tradition. Chemin de croix à 11h00. Dans l’après-midi, autour de 15h00, comme le veut la tradition mixtèque, la communauté des douze apôtres (douze plus jeunes choisis, dont l'âge varie entre dix et douze ans) partage un repas devant l'entrée de l'église. Ce repas comprenant de tortillas, du poisson et une gamme variée de fruits du terroir.
         

     Puis chaque disciple reçoit une part du repas qu’il ramène chez lui pour le prendre en famille. Tout naturellement, un panier chargé des vivres est offert au prêtre qui participe à ce repas, mémorial de la sainte cène. Après le repas, nous avons gagné l’Église pour la célébration de la cène. Au terme de la cène, nous avons fait une procession d'environs trente minutes avant de participer à l’adoration du saint sacrement. Puis nous avons été invités à souper chez le majordome de Nazareth. De retour au dortoir, évaluation de la journée, prière du soir et dodo.



Vendredi saint: La célébration de la passion du Christ. Chez le peuple mixtèque, cette célébration est absolument impressionnante et entourée de mystère. C’est là le signe que la tradition n’est pas pour autant rejetée au profit de l’adoption du christianisme. Pendant le chemin de croix, on parcourt deux itinéraires différents: le premier groupe transportant un géant Jésus, dans sa robe rouge maculée du sang de sa tête couronnée d'épines. Ce Jésus est placé sur un parterre transporté par quatre hommes vigoureux, marchant d'un pas pesant; le second itinéraire, transportant une géante Marie, vêtue d'une robe violette et voilée d'une écharpe de la même couleur et couronnée d'un diadème aux dentelles pointues. Le plus impressionnant c'est la magnifique rencontre de la mère avec son fils.

Et dans le village de San Juan Coatzospam, cette rencontre a lieu dans un carrefour, situé à proximité du centre médical, où les deux processions se rencontrent. Rencontre émouvante, moment plein d’émotion où certaines personnes ne s'empêchent de fondre en larmes. Pendant un bon bout de temps, on assiste à un silence absolu. Puis, la mère et l’enfant reprennent le chemin de l’Église pour la célébration de la passion du Christ.


      Autre scène émouvant et spectaculaire, c'est la descente de Jésus de la croix. Avant sa mise en cercueil, le prêtre est invité à lui faire des révérences. Puis, une nouvelle procession commence, suivant le même itinéraire que celui du chemin de la croix, animée de chants de deuil, sous les coups des feux d’artifice.  Une fois de retour à l'église, commence enfin la célébration de la passion proprement dite. 

A la suite de ladite célébration, nous avons été invités à souper dans la famille de monsieur Francisco, un des anciens de San Juan. En retournant au logis, on était émerveillé par le clair de lune qui inondait de sa lumière toute la vallée de San Juan qui, couverte en cette la nuit d'un épais brouillard, ressemble à une immense mer blanche. 

Le samedi saint: belle journée, merveilleusement ensoleillée et parfaitement dégagée sous le ciel clair de San Juan. Ce matin, alors que les oiseaux chantent dans les arbres, nous assistons une ruée des jeunes venus de différents secteurs de la paroisse participer à la rencontre de tous jeunes avec les missionnaires venus de Mexico. Une journée absolument mouvementée et animée. 


          La salle polyvalente était enfin prête et joliment décorée pour la circonstance. Et là, sans plus tarder, elle fut investie par une ribambelle de jeunes. Nous avons également noté la présence remarquée du curé de la paroisse qui a, lui aussi fait le déplacement de San Juan pour vivre de près cette activité apostolique des jeunes et le encourager. Après la mise en place, la parole a été donnée au jeune séminariste Misael Olivares, futur diacre, qui nous a fait une exhortation très suggestive sur le thème de la vocation. 

L'après-midi s'est poursuivie par des spectacles divers, et tout le monde s’est adonné à cœur joie aux jeux, chansons, danses d'une part. Au bout de quelques bonnes heures de divertissement, nous sommes sortis de la salle polyvalente pour poursuivre avec les yeux en plein air. En début de soirée, ce fut le retour au bercail. Quant à nous, nous avons poursuivi notre soirée avec plusieurs bénédictions de bougies.


          La célébration de la veillée pascale, magnifiquement préparée par les jeunes de notre groupe, a été un moment fort d'ouverture à la grâce pascale. Tout naturellement, veillée a commencé à l'extérieur, devant l'église San Juan, avec le feu préparé par les catéchistes. J'ai commencé la célébration avec le nouveau et beau cierge pascal, qui représente ici le Christ.


Puis, nous sommes entrés dans l'église en procession, avec comme seul éclairage le cierge pascal que les gens suivaient, avec leurs petits cierges allumés au cierge pascal, dont ils se sont communiqué la lumière fragile l'un à l'autre, à l'image de la lumière nous apportée par le Christ, qui se répand de proche en proche. 

     Ensuite, toujours dans la pénombre, nous avons écouté la lecture du récit de la Création dans le livre de la Genèse, puis d'autres écrits fondateurs de l’histoire de notre foi. Par la suite, l'église s'est illuminée alors que nous chantions tous ensemble : Gloire à Dieu. Alléluia ! Alléluia ! Nous avons poursuivi la célébration de l'Eucharistie dans la joie et la ferveur.

 Après la messe, selon la tradition, des feux d'artifice ont éclaté et tout à coup, d'immenses flammes embrasaient le ciel bleu de San Juan et coloraient d'une lumière orangée tout ce qui était autour. Puis une longue file s'est formée spontanément. Et ce fut l'heure de la vénération de Jésus, reposant paisiblement dans un immense cercueil vitré. J'étais très impressionné par la ferveur et l'affluence des gens du village à cette pratique.    

Dimanche de Pâques : petit-déjeuner dans la famille de la petite Gema, puis retour au logis pour faire les bagages. J'ai dit la messe à 11h00, devant une assemblée composée en majorité de jeunes missionnaires venus des autres secteurs de la paroisse et des gens du village.

        C’était très vivant et priant, d’autant que le jeunes ont pris en main l’animation liturgique et le service. Après la messe, ce fut l'heure des salutations et des au revoir. L'émotion était visible dans les visages des fidèles de San Juan.... 

     Le voyage de retour à Mexico s'est amorcé à 12h45, animé de cris de joie. 15h45, un arrêt de quarante-cinq minutes à TuxTepec pour la restauration. C’est sur le coup de 2h10 que nous débarquons devant la paroisse, accueillis par un bon nombre de parents venus recueillir leurs enfants. 


          Ce voyage a été pour moi synonyme de belles rencontres, de la découverte de ce coin perdu de Oaxaca, avec son paysage varié et sauvage, ses habitants et leurs traditions. Le peuple Mixtèque nous a dévoilés de magnifiques traditions et savoir-faire, mais il nous a aussi révélé une facette moins lumineuse d’un Mexique souffrant de la crise. Une semaine intéressante et riche en émotions. 

          Cette mission des jeunes nous a permis de vivre  de magnifiques rencontres avec une super équipe de compagnons bien soudés et vraiment efficace sur terrain. Magnifique rapport convivial également avec les personnes rencontrées. Échanges très agréables avec les malades où l’on est obligé de se tourner vers l’autre. Cadre agréable et modeste, empreint de simplicité et de cordialité où l’on a l’impression de vivre en famille. Je dirai que nous avons reçu plus que nous avons donné. Aussi avec mon groupe, nous avons eu beaucoup de moments de récréation et de divertissement au cours desquels les blagues et l'humour était toujours au rendez-vous.


       Les sourires, les compliments chaleureux et les remerciements émouvants, surtout des personnes malades ainsi que des hommes, femmes et enfants du village nous ont tous fait comprendre l’importance de l'engagement des jeunes pour cette mission et dans l'Église. Là, on réapprend l’humilité et la simplicité. Et ça fait du bien de sentir qu’on peut aussi contribuer au bonheur de l’autre, à son épanouissement. 


            Mes coups de cœur sont Claudia et Gema ! La première, en raison de la vivacité de son intelligence. En effet, elle savait rendre avec aisance mes homélies en langue mixtèque et les gens l’ont beaucoup appréciée. La seconde, tout simplement du fait qu’elle est une "bijou" d’enfant, d’une vivacité légendaire et d’une spontanéité incroyable. C'est elle qui nous accueillait avec son sourire proverbial, les deux fois que nous sommes allés chez ses parents. J’ai aussi apprécié le sourire et la gentillesse des personnes malades malgré leur handicap, toujours aussi pleines de bonheur, d’espoir et de foi.


Et si vous étiez là quand on se disait au revoir, je crois que vous n’alliez pas retenir vos larmes. Une semaine et deux jours ressemblaient à des années, tant l’attachement s’est rapidement installé. Parfois avec leur petit cadeau, un peu de café,  un produit artisanal, du sucre, ils avaient des mots justes pour dire merci. Et beaucoup d’entre nous ont pleuré!


          On repart donc joyeux, avec une vision des choses très différente. Merci à tous pour cette semaine de bonheur, et pour m’avoir permis de m’y retrouver humainement, spirituellement et dans la vie. Merci pour les rencontres, pour ces sourires, cette convivialité. Merci à toute l'équipe d'organisation pour son savoir-faire. Un merci spécial à Rodrigo Mijares pour la correction de mes homélies. Les gens les ont beaucoup appréciées.


            Fatigué à la fin du séjour, taraudé par une diarrhée terrible, j’écris ce carnet de voyage sous le coup de la fatigue, mais aucun regret. Parce qu’en moi reste l’expérience qu’une grande joie est possible. Expérience à refaire! Je le conseille même si parfois l’adaptation n’est pas facile. Belle découverte!
Sébastien Bangandu, a.a.

 





 


 

2 commentaires:

andre ilunga a dit…

Mes sincères félicitations cher Père et confrère Sébastien pour ce partage d'une expérience de mission, une expérience de foi avec le Christ dans un milieu de jeune. Le partage que tu viens de nous faire rejoint l'ardent désir de sa Sainteté le Pape Francisco qui, dans une de ses interventions pastorales, promouvait une Évangélisation de "Periferias geograficas", c'est à dire apporter le Christ à tous ces frères et sœurs qui vivent dans les périphéries,les coins les plus reculés du monde, des endroits où ces chrétiens ne peuvent voir que une fois l'an un pretre. Cette expérience répond et explique ta raison d’être au Mexique et justifie, je le crois bien, le choix de vie qui tu as, volontairement, accepté de faire. Courage et que le Seigneur te bénisse et que son Esprit Saint te couvre de ses grâces afin de compatir avec les nécessiteux.
Père André ILUNGA SDP MEXIQUE

Sébastien Bangandu a dit…

Merci cher André. Ce fut une expérience magnifique, en même temps qu'une découverte intéressante. Puisse cette expérience contribuer à faire advenir le Règne de Dieu ici et partout!